MARCHÉS12 août 2026· 9 min

Private Equity France 2024-2025 : Tendances et Opportunités Sectorielles

Avec 25,5 Md€ levés en 2023 malgré un contexte de taux élevés, le private equity français résiste et se réinvente. Décryptage des secteurs porteurs et des stratégies gagnantes.

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Équipe éditoriale InekIA
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LIX

Le Private Equity Français à l'Épreuve des Taux Hauts

25,5 milliards d'euros : c'est le montant total des levées de fonds réalisées par le private equity français en 2023, selon France Invest. Un chiffre en retrait de 15 % par rapport au record historique de 2022 (30 Md€), mais qui confirme la résilience structurelle d'une industrie désormais ancrée dans le paysage financier hexagonal. Dans un environnement marqué par la remontée des taux directeurs de la BCE (portés à 4,5 % fin 2023), la contraction des multiples de valorisation et la prudence des LPs (Limited Partners) institutionnels, les gérants français ont su adapter leurs stratégies pour préserver leurs rendements et identifier de nouvelles poches de valeur.

La France occupe aujourd'hui le troisième rang européen du private equity, derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne, avec un tissu de plus de 350 sociétés de gestion agréées par l'AMF et un portefeuille de plus de 9 000 entreprises accompagnées. L'enjeu pour 2024-2025 : maintenir cet élan dans un cycle de normalisation, tout en capitalisant sur les mégatendances qui redessinent l'économie réelle.


État des Lieux : Un Marché en Recomposition

!Graphiques d'investissement en private equity montrant la croissance des levées de fonds en France Photo: Maxim Hopman / Unsplash

### Des levées solides mais sélectives

Selon le rapport annuel France Invest 2024, les investissements directs en capital-investissement ont atteint 21,7 Md€ en 2023, répartis entre le capital-innovation (4,2 Md€), le capital-développement (3,8 Md€) et le capital-transmission/LBO (13,1 Md€). Le LBO reste le segment dominant, mais sa part relative recule au profit du growth equity et des stratégies secondaires, plus défensives.

Les transactions de grande taille (> 500 M€) ont significativement diminué — de 23 deals en 2022 à 14 en 2023 — sous l'effet du coût de la dette et de l'écart de valorisation entre acheteurs et vendeurs (le fameux bid-ask spread). En revanche, le mid-market (deals entre 50 et 500 M€) a mieux résisté, soutenu par des gérants comme Ardian, Eurazeo, Astorg ou IK Partners, qui ont pu mobiliser des financements alternatifs pour compenser la raréfaction du crédit bancaire traditionnel.

Le rôle croissant des investisseurs particuliers

L'une des évolutions majeures du marché français est la démocratisation progressive du PE auprès des épargnants particuliers. La réforme du Plan d'Épargne Retraite (PER) et l'essor des fonds ELTIF (European Long-Term Investment Funds, réformés par le règlement ELTIF 2.0 entré en vigueur en janvier 2024) ouvrent le PE à une clientèle retail jusque-là exclue. Selon l'AMF, les encours des ELTIF distribués en France ont progressé de +67 % en 2023, pour dépasser 4,5 Md€.

Des acteurs comme Tikehau Capital, Antin Infrastructure Partners ou Peqan développent des produits spécifiquement calibrés pour cette clientèle, avec des tickets d'entrée abaissés à 1 000 €, une liquidité trimestrielle ou semestrielle, et une communication pédagogique renforcée.


Les Secteurs Porteurs : Où Investissent les GPs Français ?

Infrastructure d'énergie renouvelable solaire et éolienne financée par des fonds d'infrastructure
Photo: Ian Van Landuyt / Unsplash

### 1. La santé et les technologies médicales

Le secteur santé représente 18 % des investissements en PE français en 2023 (France Invest), confirmant son statut de valeur refuge. Les sous-segments les plus actifs incluent :

  • Les cliniques spécialisées et EHPAD : malgré la polémique Orpea, les fonds continuent d'investir dans le médico-social, attirés par la démographie vieillissante (20 % des Français auront plus de 65 ans d'ici 2030, selon l'INSEE).
  • La medtech et le diagnostic : des deals emblématiques comme l'investissement de Bpifrance dans Owkin (IA appliquée à l'oncologie, valorisé 1 Md€) ou la croissance de Mainstay Medical illustrent la vivacité de l'écosystème.
  • Les services à domicile : Colisée (soutenu par IK Partners) ou Vitalliance (Apax Partners) capitalisent sur le virage du maintien à domicile encouragé par les pouvoirs publics.

Les multiples de valorisation en santé restent élevés (8 à 12x l'EBITDA en LBO), justifiés par la visibilité des revenus et la nature contracyclique du secteur.

2. La transition énergétique et les infrastructures vertes

Avec l'accélération du plan France 2030 (54 Md€ d'engagement public) et les obligations de la taxonomie verte européenne, la transition énergétique est devenue le premier thème d'investissement des fonds d'infrastructure français. Antin Infrastructure Partners (AUM : 22 Md€) a levé en 2023 son quatrième fonds flagship à 10 Md€, ciblant notamment les réseaux de fibre optique, les énergies renouvelables et les infrastructures de recharge électrique.

Mercy For Animals estime que les projets solaires et éoliens en France nécessitent 35 Md€ d'investissements privés supplémentaires d'ici 2030 pour atteindre les objectifs de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l'Énergie). Cette manne attire des gérants comme Omnes Capital, Meridiam ou EDF Invest, mais aussi des fonds généralistes qui intègrent une poche « infrastructure verte » dans leurs stratégies mixtes.

3. Le logiciel B2B et la tech de niche

Malgré la correction brutale des valorisations tech en 2022-2023 (l'indice BVP Nasdaq Emerging Cloud a perdu 60 % de son pic), le logiciel B2B vertical reste une cible prioritaire pour les fonds de growth equity. La thèse : des solutions SaaS dédiées à des marchés de niche (logistique, agroalimentaire, juridique, bâtiment) affichent des taux de rétention supérieurs à 90 %, des NRR (Net Revenue Retention) dépassant 110 % et une moindre sensibilité aux cycles macro.

Exemples récents :

  • Axeleo Capital (deep tech industrielle) a participé à une levée de 15 M€ pour Leka, spécialiste des robots thérapeutiques pour enfants autistes.
  • Eurazeo a renforcé sa position dans Orisha (ex-Cegid Retail) pour accompagner son expansion européenne.
  • Partech a co-investi dans Ledger (sécurité crypto) dans un tour de 100 M€, illustrant la convergence fintech-cybersécurité.

Les multiples d'entrée se sont normalisés : on investit désormais à 4-7x l'ARR (Annual Recurring Revenue) contre 15-20x au pic de 2021, ce qui améliore mécaniquement les perspectives de rendement.

4. L'agroalimentaire et la foodtech durable

La France, première puissance agricole de l'UE, voit son secteur agroalimentaire attirer des capitaux privés croissants, portés par trois moteurs : la souveraineté alimentaire post-Covid, la montée des attentes ESG des consommateurs et la consolidation d'un tissu de PME familiales cherchant à se moderniser.

Des fonds comme Capagro (spécialiste agri-food, 300 M€ sous gestion) ou la branche agroalimentaire d'Argos Wityu ont multiplié les add-ons sur des plateformes régionales. La foodtech, quant à elle, attire des tickets de croissance : Too Good To Go (lutte anti-gaspillage), Ynsect (protéines d'insectes, 372 M€ levés) ou Inrae Transfert mobilisent des capitaux privés pour industrialiser des innovations de rupture.


Stratégies Différenciantes des GPs en 2024

Réunion stratégique entre gérants de fonds et dirigeants d'entreprise dans le cadre d'un deal de PE
Photo: Christina @ wocintechchat.com M / Unsplash

### Le retour en grâce des stratégies secondaires

Face aux difficultés de distribution (DPI — Distributions to Paid-In — historiquement bas en 2023), les marchés secondaires ont explosé : selon Jefferies, les volumes de transactions secondaires ont atteint un record mondial de 114 Md$ en 2023, dont une part croissante de GP-led secondaries (restructurations de portefeuilles initiées par les gérants eux-mêmes). En France, des fonds comme Ardian Secondary (leader mondial du segment, 50 Md€ d'AUM dédiés) ou Tikehau Capital profitent de cette dynamique pour acquérir des actifs de qualité à des prix décotés de 10 à 20 % par rapport à la NAV.

La dette privée comme complément au LBO

Avec le retrait partiel des banques du financement des LBO (sous l'effet des nouvelles normes Bâle IV), la dette privée (private credit) s'est imposée comme un partenaire incontournable. Les fonds de direct lending français — Tikehau, Arcmont (Nuveen), Pemberton — ont levé des enveloppes record pour financer des acquisitions que les banques refusent ou ne peuvent plus porter seules. Selon Preqin, les encours mondiaux de dette privée devraient dépasser 2 800 Md$ d'ici 2028, contre 1 600 Md$ en 2023.

L'ESG comme levier de performance, pas seulement de conformité

La réglementation SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) a profondément modifié les pratiques : en 2023, 71 % des fonds de PE français se sont classifiés Article 8 ou Article 9 selon France Invest, contre 45 % en 2021. Au-delà de la conformité, les gérants les plus sophistiqués intègrent des KPIs ESG dans les clauses de ratchet de management (bonus/malus sur la plus-value selon des critères carbone, diversité ou gouvernance), transformant l'ESG en véritable moteur de création de valeur.


Implications Stratégiques pour les Investisseurs et les Entreprises

### Pour les LPs institutionnels

La prudence sur les allocations nouvelles est justifiée à court terme, mais le millésime 2024-2025 présente des caractéristiques historiquement favorables : valorisations d'entrée basses, moins de concurrence sur les deals, normalisation attendue des taux d'ici 2025. Les données montrent que les fonds levés pendant les récessions (2001-2002, 2008-2009) ont systématiquement surperformé les millésimes des pics de marché. Le moment est propice pour rééquilibrer les allocations vers le mid-market européen.

Pour les dirigeants de PME/ETI

Le PE n'est plus réservé aux grandes entreprises. Avec 9 000 entreprises françaises actuellement en portefeuille de fonds, les dirigeants de PME doivent comprendre les codes de cette industrie : préparation des comptes en normes IFRS, structuration d'un management package attractif, définition d'un business plan à 5 ans crédible et d'une thèse de valeur claire. Les secteurs santé, tech B2B et transition énergétique bénéficient de multiples de valorisation premium.

Pour les fonds émergents et nouveaux entrants

La spécialisation sectorielle profonde est la stratégie gagnante pour les first-time funds : plutôt que de concurrencer les mastodontes généralistes, les émergents qui se positionnent sur des niches identifiées (bioéconomie, cybersécurité industrielle, silver économie) bénéficient d'un flux de deals propriétaires et d'une expertise valorisée par les LPs. France Invest recense 47 premiers closing de nouveaux fonds en 2023, preuve d'une industrie qui continue de se renouveler.


Conclusion : La France, Terrain de Jeu Stratégique du PE Européen

Le private equity français traverse une phase de maturité, pas de déclin. La correction des valorisations, loin d'être une menace, constitue une opportunité de réétalonnage pour les investisseurs disciplinés et les gérants capables de créer de la valeur opérationnelle réelle — et non plus seulement financière. Santé, transition énergétique, logiciel B2B et agroalimentaire durable dessinent les contours d'une allocation sectorielle cohérente pour les années 2024-2026.

Dans un contexte de fragmentation géopolitique, de réindustrialisation européenne et de révolution de l'IA, la France dispose d'atouts sous-estimés : un écosystème de R&D parmi les meilleurs d'Europe, un vivier de dirigeants formés dans les grandes écoles et une base industrielle diversifiée. Le private equity, en jouant pleinement son rôle d'accélérateur de transformation, a vocation à être l'un des grands architectes de la compétitivité française de demain.

— Équipe éditoriale InekIA

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SOURCES
  1. France Invest – Activité des acteurs français du capital-investissement, Rapport annuel 2024
  2. AMF – Rapport sur les tendances, risques et vulnérabilités, 2023
  3. Preqin Global Private Equity Report 2024
  4. Jefferies – Global Secondary Market Review, H2 2023
  5. BCE – Bulletin économique, taux directeurs et conditions de financement en zone euro, 2023
  6. INSEE – Projections de population à l'horizon 2070
  7. Bpifrance – Rapport d'activité 2023 et bilan France 2030
  8. BVP Nasdaq Emerging Cloud Index – Performance Report 2023
  9. SFDR / ESMA – Rapport de classification des fonds Article 8 et Article 9, 2023